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05 octobre 2003, 05 octobre 2009. Voilà six ans que le leader de l’Alliance Jëf/Jël a échappé à la mort. Victime d’une agression à coups de marteaux, Talla Sylla se remet difficilement aujourd’hui de ses blessures. Pendant ce temps, ses agresseurs et ses commanditaires courent toujours. Pis, la Justice qui devait dire la vérité dans cette affaire, a classé sans suite le dossier, alors que l’enquête de la Gendarmerie avait identifié les auteurs de cet acte barbare.
Par Mamadou DIALLO
«Ils voulaient me tuer. Ce n’étaient pas des badauds. A entendre la façon dont l’un d’eux parlait pour tenir des témoins en respect, on se rend compte que ce sont des gens adultes. Si je n’ai pas été achevé, c’est que celui qui était sur moi à me rouer de coups de marteaux n’avait peut-être pas osé, quand l’autre lui criait : tue-le ! Tue-le !». Ce sont là les propos de Talla Sylla sur son lit d’hôpital, une semaine après son agression. Le leader du Jëf-Jël a frôlé la mort, un soir de dimanche 5 octobre 2003. Quatre hommes avaient tenté de lui arracher la vie devant le restaurant Le Régal à Mermoz. Talla Sylla est transporté d’urgence à l’hôpital Principal de Dakar dans un état inquiétant. La corrélation entre cet acte d’agression et la sortie de sa cassette Ablaye Abalgnou sur le marché est vite faite. Une cassette dans laquelle il brocarde Wade et son régime. A l’hôpital Principal où Talla Sylla avait été évacué nuitamment, la présence de Papa Samba Mboup, le chef de Cabinet du Président Wade, demeure troublante, selon certains. Le ministre conseiller de Wade expliquera qu’il s’y était rendu, parce que mordu par son chien, Alex. Une réponse qui est loin de convaincre l’opinion. Ceci dit, Papa Samba Mboup se confond même dans des menaces. «Si jamais il s’avérait que je sois injustement accusé, je vais me retourner contre mes détracteurs. Je leur donne une semaine pour porter plainte. S’ils ne le font pas, je le ferai», disait-il. Une menace que le directeur de Cabinet de Wade exécutera plus tard en saisissant le procureur de la République d’une plainte en diffamation contre Moussa Tine, n°2 à l’époque du Jëf-Jël. Après cette agression, une enquête est ouverte et confiée à la Gendarmerie. Malgré une avancée significative de l’enquête qui avait même révélé des présumés coupables tapis sous les lambris du Palais, le juge d’Instruction a classé le dossier sans suite. Cette décision rendue par la Justice sénégalaise avait mis en colère les militants du Jëf-Jël, scandalisés par ce dénouement. «Cette décision prouve que la Justice sénégalaise n’est pas neutre ; elle est manipulée. Car cette agression est une tentative d’assassinat et une volonté de liquider un leader de parti. Il n’est pas normal que des citoyens soient en danger et que les coupables soient impunis. Cela prouve encore l’incompétence du régime de Wade», disait Yoro Bâ, le vice-président du Jëf-Jël.
Promesse d’un procureur Pourtant, en juillet 2007, le procureur de la République avait annoncé, au cours d’une conférence de presse, que l’enquête liée à l’agression de Talla Sylla était bouclée et que le dossier était en train d’être étudié. Ousmane Diagne avait même ajouté qu’il avait le choix entre solliciter de nouvelles mesures d’instruction auprès du magistrat instructeur ou rendre un réquisitoire de règlement définitif. Or, des investigations avaient permis d’établir des preuves et des témoignages tous compromettants pour des membres de la sécurité du Président Wade. Des noms avaient été même cités dans cette affaire. Le conducteur du véhicule de marque Pajero utilisé par les assaillants avait été identifié comme étant un élément de la garde rapprochée du président de la République, le défunt Ismaïla Mbaye. Après cela, l’enquête peinait un peu à avancer. Les enquêteurs avaient fait état de la pression qu’ils subissent de la part de certaines autorités. Pour contrecarrer ces propos, le porte-parole du président de la République, à l’époque Souleymane Ndéné Ndiaye, avait soutenu mordicus qu’aucune pression n’est exercée sur les enquêteurs et qu’ils peuvent faire toutes les arrestations qu’ils estimeraient devoir faire. Mais, depuis, aucune arrestation. Les agresseurs et leurs commanditaires courent toujours. Mieux, le dossier est sans suite, en dépit d’un bizarre accident qui a coûté la vie à Ismaïla Mbaye, le garde du corps de Me Wade, cité comme l’un des auteurs de l’agression. D’aucuns avaient même vu, à travers la mort accidentelle du capitaine et ancien calot bleu, un assassinat pour effacer toutes traces qui pourraient être compromettantes contre certaines personnes perçues comme étant les commanditaires de l’agression contre Talla Sylla. Toutes les personnes citées dans cette affaire ont eu à défiler devant les enquêteurs de la Gendarmerie de Colobane en charge de ce dossier, mais rien au bout du compte. Pour certains, c’était là une façon de pouvoir noyer tranquillement le poisson.
CRIMES SANS COUPABLES «Depuis un certain temps, il y a des crimes sans coupables. On dirait qu’au Sénégal on protège les criminels et les innocents sont, par contre, attaqués», déplorait Moussa Tine. Le Parti démocratique sénégalais qui a attendu un mois après l’agression de Talla Sylla pour se prononcer avait ravalé cette affaire à «un incident qui a fait l’objet d’une exploitation programmée par l’opposition en mal de se faire entendre». Une position confortée par leur patron. En effet, comme pour minimiser l’affaire, Me Wade avait, lui aussi, balayé d’un revers de main la tentative d’assassinat de Talla Sylla. Dans une parution du journal Le Figaro, Wade dédramatise en parlant de «juste quelques éraflures, des hématomes et des contusions». Il est allé même jusqu’à remettre en cause cette agression. Pour le chef de l’Etat, l’affaire Talla Sylla a été montée en épingle par la presse. Une «presse qui a montré du doigt sans la moindre preuve, puis elle a mis en cause un de mes neveux qui est aussi un de mes gardes du corps. Si l’enquête a des difficultés, c’est la responsabilité des médias qui ont dérapé et ont voulu aller très vite». Talla Sylla qui s’est remis de ses blessures avec toujours des séquelles avait accusé ouvertement à Thiès le président de la République comme étant le commanditaire de la tentative d’assassinat sur sa personne. Une accusation qui lui a valu d’être entendu par la Division des investigations criminelles (Dic) 48 heures après. L’affaire Talla Sylla ressemble fort à celle de Me Babacar Sèye ou encore de l’étudiant Balla Gaye, mais seulement lui, il a échappé à la mort. Et le point commun demeure toujours l’impunité. madiallo@lequotidien.sn |
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